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 « Dans le soir s'envole mon infortune. »

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MessageSujet: « Dans le soir s'envole mon infortune. »   Lun 9 Juin - 7:43

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Dans le soir s'envole mon infortune.

Jane & libre → Carpe Noctem.


On toque à la porte. Le jeune homme aux cheveux bruns se redresse du matelas où il est allongé, puis se lève le plus doucement possible pour ne pas réveiller le petit être que le bruit ne semble pas avoir réveillé. Si, le bruit l'a réveillée. Elle n'ouvre juste pas les yeux, c'est sûrement l'un des voisins qui est gentil avec eux venu leur donner une partie de ce qu'il n'a pas mangé le soir, alors elle ne bouge pas. Le garçon va à la porte sans se presser, encore un peu somnolent. On toque de nouveau, cette fois-ci plus fermement et de manière plus pressante. La fillette ouvre les yeux, soudain alarmée. Le voisin est-il pressé ? Ou peu patient ? Son frère ouvre la porte, et il se fige. Elle ne le voit que de dos, mais elle devine aisément la tension soudaine de ses épaules et se crispe à son tour. L'atmosphère se fait soudain électrique et elle se ramasse sur elle-même.
« Monsieur Westfield. Nous sommes venus chercher votre sœur pour la ramener chez elle. »
Et elle comprend. C'est la police qui est là, pour elle. Elle les a retrouvés et ils veulent les séparer. Elle se redresse en se demandant si elle doit s'échapper. Mais trop tard. Ils ont bousculé son frère et la voient maintenant, à demi-allongée sur le matelas et qui les regarde avec de grands yeux suppliants. Ceux du premier s'adoucissent légèrement, attendris par le spectacle de la frimousse dont le nez pointe sous une frange ébouriffée trop longue, et des yeux encore embrumés de sommeil mais déjà vifs. Elle recule pour s'adosser au mur en faisant non de la tête et en le fixant, encore et encore. Elle ne veut pas retourner là-bas, dans ce taudis plein de cafards et de rats gros comme des loutres qui ne demandent qu'à vous mordre, où les deux personnes censées prendre soin d'elle semblent ignorer son existence. Elle veut rester avec son frère qui, en quelques semaines, a pris plus soin d'elle que ses parents ne l'ont jamais fait depuis sa naissance. Le deuxième, qui ne se laisse pas atteindre par son air défait, l'attrape par le poignet pour la forcer à se lever. Elle tord son bras pour essayer de lui échapper, mais sa poigne est trop forte. Elle regarde son frère, qu'elle pense prêt à venir l'arracher de l'emprise du policier, mais il contemple ses pieds tout en étant surveillé par le deuxième flic. Elle se débat plus fort pour essayer de se sauver, mais il lui plaque les bras le long du corps et la soulève. Elle se met à se tortiller et crie de toutes ses forces, même si elle sait que ça ne servira à rien. Ils sont payés une misère, mais font leur boulot quand même. Elle donne des coups de pied en arrière en tentant de toucher celui qui l'emprisonne, mais il ne réagit pas, même lorsqu'elle l'atteint aux tibias. Mais à force de bouger dans tous les sens, l'étreinte de l'homme se desserre et elle glisse. Elle réussit à s'éloigner, mais se retrouve nez à nez avec le deuxième. Son frère est juste derrière lui, mais il ne semble pas vouloir essayer de l'aider. Elle veut contourner le policier, mais il la rattrape par le bras et la force à venir avec lui. Elle se débat, griffe, essaye de mordre, mais il ne la lâche pas. Elle l'entend rire avec l'autre et dire qu'elle n'a aucune éducation et ressemble à un animal sauvage emprisonné. Elle tend sa main libre vers son frère et hurle son nom, espérant le faire sortir de sa léthargie. Il se crispe, mais ne vient pas vers elle. Considérant sûrement que le jeu a suffisamment duré, l'autre policier auquel elle a échappé vient l'attraper par l'autre poignet et ils l'entraînent vers la voiture de police. Elle fait tout ce qu'elle peut, tire en arrière, les insulte, essaye de mordre, freine en portant tout son poids sur ses talons, essaye de se rendre lourde comme du plomb, mais rien n'y fait, ils l'emmènent avec autant de facilités que si elle les suivait sans faire d'histoires. Elle continue de crier de toute la force de ses poumons après son frère, le supplie de venir la chercher, l'appelle par son nom. Des voisins sortent la tête par une fenêtre, ouvrent les portes pour voir ce qu'il se passe et pourquoi un enfant fait tout ce raffut aussi tôt. Plusieurs ne s'attardent pas au balcon et préfèrent éviter de voir ce spectacle, ignorer les cris de cette fillette que tous trouvent adorable, avec ce sourire qu'elle a toujours, ses bonnes manières avec les adultes que son frère lui a inculquées. Tout le monde l'aime bien, cette petite, et pourtant personne ne réagit ou essaie de parler aux flics pour savoir ce qu'elle a fait et pourquoi ils l'emmènent. Elle rue, elle tire, elle crie, au point que plusieurs se demandent où elle peut avoir autant d'énergie et de rage, alors qu'ils l'avaient toujours vue avec le sourire et une voix douce. D'autres se rendent compte que ce n'est pas de la rage, mais de la peur. Une frayeur désespérée. Mais personne ne bouge. Personne ne fait même un geste pour l'aider. Son frère est appuyé à l'encadrement de porte et n'esquisse toujours aucun geste pour la défaire des griffes de ces policiers. La voiture qui clignote est juste à côté d'elle, et ils ouvrent la porte pour la mettre dedans. Afin de la surveiller, l'un des deux se met à côté d'elle et l'oblige à rester assise sur son siège. Assise, elle a moins la possibilité de se débattre, et en plus on l'a emprisonnée dans sa ceinture de sécurité. Elle tente de la défaire, mais le policier à côté d'elle l'en empêche. La porte par laquelle on l'a fait entrer claque...


Jane se réveilla comme un nageur qui sort de l'eau pour reprendre sa respiration, en sueur. Sa couette était complètement partie faire sa vie à côté de son lit, ainsi que son oreiller. Allongée dans le noir, elle attendit que sa respiration se soit calmée en fixant l'obscurité, en se retenant de laisser la pression exploser par un cri. Elle se pencha ensuite pour allumer sa lampe et regarder l'heure qu'il était. Trois heures du matin... Elle n'allait pas pouvoir se rendormir après ce cauchemar qui revenait pour la première fois depuis plusieurs années. Elle était trop réveillée et chamboulée pour y parvenir. Elle se leva en se demandant ce qu'elle pouvait faire. Prendre de la hauteur la calmerait. Elle pourrait contempler son cauchemar de haut,et il lui paraîtrait ainsi moins impressionnant. Elle enleva le T-Shirt qu'elle mettait pour dormir, et le remplaça par un jean, un débardeur et un pull noir à inscriptions blanches « Keep calm and enjoy sunrise » en attachant ses cheveux. Elle prit aussi son MP3 et ses clés, puis sortit du studio. Elle se força à ne pas céder à la peur dans le couloir sombre tout en tâtonnant pour trouver l'interrupteur. Ceci fait, elle alla vers le palier pour monter les escaliers menant au toit. La porte qui donnait dessus n'était jamais verrouillée. Elle l'ouvrit et un vent glacial l'accueillit. Elle frissonna à peine et s'assit au bord du vide. La jeune femme aimait le défier. Enfin, seulement quand elle ne risquait rien. Elle jouait parfois les funambules ici, quand personne ne la voyait. Ça l'amusait. Le froid ne l'atteignait pas. Après avoir passé dix-huit ans à vivre dans celui-ci tout l'hiver, entre des murs fins comme du papier à cigarettes qui laissaient la bise et l'humidité filtrer, il ne pouvait plus grand-chose contre elle. Jane était même du genre à avoir facilement chaud. Elle prit son lecteur et composa une playlist hétéroclite avoisinant Queen, Bruce Springsteen, U2, Lindsey Stirling, Ed Sheeran et Shaka Ponk. La musique emplit ses oreilles et, par réflexe, elle traduisit les paroles en français tout en fixant l'horizon. Les flashes désagréables de son rêve apparaissaient encore parfois devant ses yeux, mais de façon moins terrifiante. Puis à mesure que la musique faisait son chemin dans sa tête et l'engourdissait, elles s'éloignèrent, puis arrêtèrent de la harceler. Il ne restait plus que les chansons. Elle resta longtemps assise au bord du vide à écouter tout en fixant l'extérieur de l'académie. À cette heure-là, il n'y avait aucun passage, ni de jeunes éméchés qui rentraient de soirée. En fait, elle attendait l'heure où l'aube naîtrait. Ces temps-ci, elle ne pouvait pas regarder l'aurore se lever. Cette nuit-ci, même si c'était à cause d'un cauchemar, le lui permettait.
Elle était en pleine écoute de Wanna get free, lorsque malgré ses écouteurs, elle entendit du bruit derrière. Elle mit le morceau sur pause et entendit la porte claquer. Le ciel était à peine gris de la période qui précédait l'aube et il faisait encore sombre. Elle s'éloigna du bord et se releva en regardant l'étendue, pas effrayée mais plus suspicieuse. Il y avait forcément quelqu'un ici, puisqu'elle avait fermé la porte en venant. Jane s'avança vers la porte en fouillant les mètres environnants des yeux, mais sans voir personne. Il faisait trop sombre. Si seulement elle avait eu des yeux de chat pour voir dans l'ombre...
« Il y a quelqu'un ?! »
Elle s'attendait limite à ce qu'on lui réponde « Nan y'a personne ! ». Elle entendit un bruit et crut voir une ombre qui bougeait dans le noir, mais peut-être n'était-ce que son imagination, un oiseau qui s'envolait bruyamment parce qu'elle l'avait effrayé... Elle n'avait toujours pas peur. Elle avait son flingue sur... Ah ben non, elle l'avait laissé à l'appart' ! Elle se sentit d'un coup moins assurée. Si c'était un grand escogriffe de cent kilos ? Ou quelqu'un d'armé ? Heureusement, avec l'obscurité, on ne pouvait pas voir qu'elle s'était défaite de son air sûr et inébranlable. À force de regarder les ombres, elle finit par voir une silhouette. Elle n'aurait su dire si elle était féminine ou masculine, elle savait juste que c'était quelqu'un de plus grand qu'elle. Elle s'obligea à ne pas reculer, et à même essayer de paraître plus imposante. Pas facile quand on mesure un mètre soixante-deux et qu'on pèse soixante kilos toute mouillée, vous me direz.
« Qui est là ?! »
Nan vous verrez pas que j'ai peur ! D'ailleurs pourquoi j'aurais peur ? Je mesure une tête de moins que vous au minimum, je pèse peut-être un tiers de moins, mais j'ai pas de raisons d'avoir peur hein ! Vous êtes peut-être armé et dangereux, mais j'ai pas peur !

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Louis T. Delmas
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MessageSujet: Re: « Dans le soir s'envole mon infortune. »   Lun 9 Juin - 20:51




Kyle et Jane

" Why can't we just start all over again ? "

  J’étais allongé sur mon matelas, les yeux rivés sur le plafond, les mains croisées sur mon ventre. Je réfléchissais à ce qu’on allait devenir, tous les deux, ma petite sœur et moi. Je ne savais pas ce que l’avenir nous réservait, mais j’avais le mauvais pressentiment que nous n’allions pas pouvoir vivre de cette façon éternellement. C’était même impensable, parce que je n’avais pas le droit d’emmener Jane avec moi, sans dire quoi que ce soit à nos parents. Ils nous retrouveraient, et ce serait terminé pour nous. Enfin, pour elle. Ils la ramèneraient chez nous et je ne pourrais rien faire pour lutter contre ça, c’était peine perdue, il n’y avait aucun espoir. J’étais un pauvre, un frère incapable de payer pour pouvoir garder sa petite sœur. J’étais certain qu’en payant les policiers, j’échapperais facilement à la séparation. L’argent signifiait tout, dans un monde pareil. Mais je n’en avais pas les moyens. Je tournai la tête vers Jane, qui dormait paisiblement à côté de moi, ses cheveux trop longs recouvrant son visage. Je rabattis doucement une mèche en arrière d’un geste protecteur, puis je croisai à nouveau les mains et fermai les yeux. A peine quelques secondes plus tard, j’entendis toquer à la porte, et la peur s’empara de moi. Le rythme de mon cœur s’accéléra et je me levai sans tarder, me dirigeant vers la porte, jetant un bref coup d’œil à ma petite sœur, qui semblait s’être réveillée entretemps.

« Monsieur Westfield. Nous sommes venus chercher votre sœur pour la ramener chez elle. »

Une lueur de peur et d'inquiétude se mit à briller dans mon regard, mais aussi… de la compréhension. Je savais que ce moment arriverait, je m’y étais préparé, je l’avais imaginé plus d’une fois, la boule au ventre. Il était maintenant temps pour Jane de retrouver notre ancienne maison, et je n’allais rien faire pour les en empêcher. Cependant, je ne me reculai pas immédiatement pour les laisser entrer. Au lieu de ça, je les laissai me bousculer, avant de refermer la porte d’un geste perdu. Je m’étais battu, et j’avais perdu. C’était une évidence. Je ne pouvais pas gagner, je n’étais personne, pour eux. Ce que je ferais ou dirais n’y changerait rien, alors à quoi bon de dépenser mon énergie à essayer de les empêcher de prendre Jane avec eux ? Je les regardai s’approcher de ma petite sœur, qui reculait, la peur dans le regard, en faisant non de la tête. Les larmes me montèrent aux yeux, mais je les ravalais, refusant de les laisser couler. Il fallait que je sois fort pour elle. En voyant qu’un des deux flics me surveillait, je baissai le regard, fixant mes pieds, tentant en vain d’ignorer les cris et les pleurs de ma petite sœur. Lorsqu’elle se montra de plus en plus furieuse, le deuxième policier vint le premier en aide et ils rirent tous les deux en disant qu’elle n’avait pas eu d’éducation et qu’elle ressemblait à un animal sauvage. La colère me montait aux joues, je bouillais de rage, mais je me contentai de serrer la mâchoire, sans regarder. Pourtant, lorsque je vis une petite main tendue vers moi, je relevai les yeux et me crispai, tenté de l’attraper et de m’enfuir avec elle. Mais je n’irais pas loin, après quelques mètres ils nous auraient retrouvés et il faudrait recommencer tout ça une seconde fois. Ils seraient plus violents et plus décidés, en plus de ça, alors il valait mieux ne pas les énerver pour éviter qu’ils lui fassent du mal. Je plantai mon regard dans celui de Jane, dans lequel je lisais de la peur, de l'incompréhension et… de la déception. Elle voulait que je lui vienne en aide. Que je sois le frère qu’elle avait toujours eu, que j’agisse exactement comme j’aurais agi en temps normal.  Je secouai doucement la tête, puis détournai mon regard, les sentant sortir de la maison avec beaucoup de mal, à cause de la petite qui se débattait sans arrêt. Elle, au moins, elle se battait. Elle était courageuse, contrairement à moi. Je m’adossai à l’encadrement de la porte, les yeux rivés sur cette petite chose qui gesticulait dans tous les sens, cette petite chose que je ne reverrais peut-être plus jamais. Et je ne bougeais pas. Je la fixais. Sans m’arrêter. Sans pleurer. Sans hurler. Sans même parler. Je ne remarquais pas les curieux qui regardaient par la fenêtre pour essayer de comprendre ce qu’il se passait. Je n’avais d’yeux que pour elle. Il ne fallait pas que j’oublie son visage. La porte claqua, la voiture démarra. Je me retournai, fermai la porte derrière moi, m’assis contre cette dernière, et fondis en larmes.


Je me réveillai en sursaut, la respiration forte, trempé de la tête aux pieds. Ce cauchemar me hantait depuis si longtemps, et je n’avais toujours pas eu l’occasion de m’y habituer. Ces images resteraient gravées dans mon esprit à tout jamais, et quoi que je fasse, rien n’y changerait. Même si j’avais retrouvé Jane, même si je savais qu’elle allait bien, je m’en voulais toujours. Je passai une main dans mes cheveux et jetai un coup d’œil au réveil. Quatre heures quart. Le soleil se lèverait dans une heure quart à tout casser, il faisait encore nuit noire. Je me levai et pris un pantalon de jogging noir dans mon armoire, ainsi qu’un t-shirt bordeaux avec quelques inscriptions blanches dessus. Je me coulai alors sous la douche et y restai pendant un petit moment, avant d’en sortir et d’enfiler mes vêtements propres. L’odeur fraîche du savon me faisait me sentir mieux, étrangement. J’enfilai un sweat gris et rabattis la capuche sur ma tête, un geste qui m’avait toujours rassuré aussi. J’avais des petites habitudes comme ça, je ne savais pas d’où elles venaient, mais elles étaient bien là. Je pris mes clefs et sortis de mon appartement, comme d’habitude lorsque je me réveillais après un cauchemar. En général, je partais faire un tour dans les écuries, mais là, l’envie me prit de me diriger vers le toit. J’y avais déjà passé quelques instants avec Jane, en journée, et je m’y étais senti plutôt bien.

Je montai donc les escaliers deux à deux et poussai la porte, remettant tout de suite ma capuche qui vola à cause du vent glacial qui y régnait. Je m’avançai de quelques pas et la porte claqua. A cause de la capuche et du vent, je n’entendis pas la voix de la jeune femme qui signifiait tellement à mes yeux. A la place, je m’avançai un peu et observai l’académie, encore plongée dans le noir, malgré le ciel gris foncé, qui s'éclaircissait à toute vitesse. Je fourrai mes mains dans les poches de mon pantalon et soupirai, restant comme ça pendant quelques secondes. Puis, sa voix retentit à nouveau. Je me retournai vivement et, en reconnaissant la silhouette de ma petite sœur dans la pénombre, j’ôtai ma capuche, restant immobile pendant quelques instants, à la fixer. Le hasard faisait tellement bien les choses. Elle était la seule personne que je voulais voir, la seule à laquelle je voulais parler, la seule que je voulais prendre dans mes bras jusqu’au lever du soleil. Doucement, je m’avançai vers elle, avant de la prendre dans mes bras d’un geste lent. Je la serrai contre moi et posai un baiser sur son front, avant de lui chuchoter :

« Je suis tellement, tellement désolé. »

Je le lui avais répété plusieurs fois déjà, presque à chaque fois qu’on s’était vus, mais là, ces paroles avaient encore plus d’importance. La culpabilité se lisait dans ma voix, et les souvenirs  encore frais de mon cauchemar me faisaient me sentir encore plus mal. Je fermai les yeux, sentant l’odeur de ses cheveux, cette odeur tellement familière que j’aimais tant.

« Je suis désolé d’être resté là à regarder, sans faire quoi que ce soit. Je suis désolé de pas avoir pris ta main, de t’avoir ignorée sans te dire un mot. Je suis désolé de ne pas t’avoir dit à quel point je t’aimais une dernière fois. »





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MessageSujet: Re: « Dans le soir s'envole mon infortune. »   Sam 16 Aoû - 13:06

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Dans le soir s'envole mon infortune.

Jane et Kyle →Carpe noctem





Jane se trouvait depuis elle ne savait combien de temps sur le toit du bâtiment où se trouvait son studio. Elle avait eu besoin de prendre l'air après cet énième cauchemar qui concernait sa séparation d'avec Kyle lorsqu'ils avaient été retrouvés par les policiers qui les cherchaient pour la ramener à Box Hill. Elle écoutait simplement de la musique dans l'optique de chasser ces images qu'elle ne supportait plus. Elles lui faisaient mal dans la poitrine. Revivre tout ça dans son sommeil, avec les sensations toujours aussi réelles et les paroles nettes qui claquaient dans son esprit lui donnait l'impression d'étouffer. Même quand on quitte sa vie pour en commencer une autre, les souvenirs désagréables restent, et leur netteté fait souffrir. Elle ramena ses genoux contre sa poitrine pour avoir quelque chose à serrer contre elle et se sentir moins seule. C'est vrai : vous vous étiez déjà senti très seul, et en serrant quelque chose, un vêtement, une peluche, un oreiller, ou vos jambes en vous repliant sur vous-mêmes, et ensuite vous vous étiez senti mieux ? Ça marche, je vous jure.
Puis il y avait eu du bruit derrière elle, que malgré ses écouteurs et la musique forte, elle avait entendu. Elle mit le morceau sur pause et se redressa en lançant une phrase pour interpeller l'être qui l'avait sortie de son repli mental. Pas de réponse. Est-ce qu'elle avait rêvé ? Non, sûrement pas. La porte était ouverte alors qu'elle l'avait fermée derrière elle. Elle vit quelque chose bouger furtivement dans l'ombre. La jeune femme eut un mouvement de recul à peine contenu. Elle commençait à redouter ce qui se cachait dans l'obscurité. Elle lança de nouveau un appel, espérant que ce n'était pas un fou dangereux. Parce que dans ce cas-là, elle était franchement, réellement dans la mouise. Personne n'y répondit, mais on l'entendit. La silhouette, qu'elle commençait à voir plus clairement, avait une capuche rabattue sur la tête. Elle la rabattit et elle reconnut vaguement les traits de son frère. Elle se détendit, mais comme elle le faisait désormais, elle garda une tension dans les épaules. Une sorte de signe de sa réserve envers son frère. Parce que, d'une certaine manière, elle continuait de se méfier. C'était plus fort qu'elle. Elle discutait avec lui, et elle l'aimait pour ce qu'il avait fait pour elle avant, mais d'une certaine manière, elle était en face d'un étranger. En huit ans, les gens changent. Elle était passée de l'enfance à l'âge presque adulte durant ce temps, lui était passé de jeune adulte à adulte. Et son cauchemar encore frais lui avait cruellement rappelé son indifférence quand les policiers l'avaient ramenée. Elle ne pouvait pas couper les ponts maintenant qu'ils s'étaient retrouvés. D'une certaine manière, et elle avait honte de parfois se sentir dériver de ce côté-là, ça n'aurait été que justice. Il s'était excusé nombre de fois, et à chaque fois, elle ne savait pas si elle devait l'excuser ou rester sur ses positions. Pour être entre les deux, elle éludait et partait sur un autre thème. Il en souffrait sûrement, mais pour ce qu'elle avait souffert pendant huit ans avant de pouvoir se débrouiller seule, ça devait être moindre. Honnêtement, elle commençait à avoir du mal à résister à l'envie de l'excuser. Lui pardonner, ce serait un peu comme crever l'abcès, tourner la page dessus. Parce qu'il y avait une autre partie d'elle-même qui lui faisait penser que maintenant qu'ils s'étaient retrouvés, il fallait peut-être tout recommencer de zéro et zapper le passé. Effacer le contenu de la carte USB quoi ? Sympa, la comparaison. Oui ben ça va hein !
Entretemps, il s'était rapproché et referma ses bras atour d'elle en l'embrassant sur le front. Le mouvement fit glisser la capuche de sa tête et elle sentit le vent tenter de s'engouffrer sous ses cheveux pour se venger de son absence de réaction à son souffle glacial. Sans résultat, elle s'en fichait. Elle lui rendit maladroitement, voire pas du tout son étreinte. Elle l'entendit s'excuser, encore. Et là, pas de moyen de partir sur quelque chose pour y échapper. Et puis de toute manière... Est-ce qu'elle avait envie d'y échapper ? Pas vraiment, en fin de compte. Cette course au chat et à la souris commençait à bien faire. Par contre, elle ne s'attendait pas à ce qu'il continue ses excuses. Il ne s'excusait plus seulement pour l'avoir abandonnée, mais aussi... Pour les avoir laissés l'emmener. Elle avait seulement les mains posées sur son sweat, et se retint tant bien que mal de ne pas l'agripper. Mais elle ne put s'empêcher de se raidir comme un bout de bois sec. Ses vêtements n'étant pas épais, il avait forcément dû le sentir.
Ces excuses-là la touchèrent plus que ne l'avaient fait toutes celles qu'il lui avait faites jusqu'à maintenant. Parce qu'elles ne concernaient plus seulement l'abandon, mais ses actes, ou plutôt l'absence de ses actes, peut-être. Elle ne savait pas. Mais elle avait l'impression que sa respiration était bloquée par quelque chose, et ses yeux la piquaient. Hé, hé, elle allait pas pleurer, quand même... Elle ne pleurait plus depuis longtemps. Ou presque plus. Non, vraiment plus. Si on exceptait la fois où elle avait revu Kyle pour la première fois, après son arrivée. Enfin, les larmes n'avaient pas coulé, donc ça comptait pas. Donc là elle pleurait pas non plus, elle était juste au bord des larmes, aha. Elle sentit son entêtement s'effilocher, aussi sûrement qu'une écharpe usée. Et puis, elle avait tellement souffert à cause des deux premiers « hommes de sa vie » qu'elle avait étalé sa haine sur la gent masculine entière. Ce n'était pas très juste pour certains d'entre eux. Si elle parvenait enfin à pardonner son frère, est-ce qu'elle pourrait enfin les regarder autrement que comme des bombes prêtes à exploser ? Sa résolution s'effritait, elle était au bord de l'excuser. Il allait pouvoir dire qu'il en avait bavé. Mais son mauvais côté, celui qui voulait faire mal comme elle avait eu mal, refit surface. Il était moins fort, moins convaincu, on sentait en arrière-plan qu'il se fêlait. Les excuses qu'elle attendait inconsciemment faisaient leur œuvre. Elle se recula. Ses yeux ne lançaient plus d'éclairs. On n'y voyait – enfin non, il faisait encore trop sombre... – plus que l'hésitation.
« Tu crois que des excuses effaceront ces huit ans de solitude ? Et puis, c'est facile de s'excuser, mais est-ce que tu arriverais au moins à expliquer pourquoi tu n'as pas bougé ? »
C'était dit sans agressivité. Sa voix était montée dans les aigus et tremblait, preuve de l'atteinte qu'il lui avait portée il y a quelques minutes. Elle avait peur de ce qu'il allait lui répondre. Elle aurait mieux fait de se taire et lui dire qu'elle lui pardonnait. Mais elle voulait savoir, même si ça risquait de faire mal ensuite. Elle le regardait avec les mêmes yeux qu'il y a huit ans, lorsqu'il n'avait pas bougé, sans s'en rendre compte. Les yeux pleins de peur et d'espoir, qui disaient de nouveau « ne m'abandonne pas ».

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MessageSujet: Re: « Dans le soir s'envole mon infortune. »   Dim 8 Mar - 12:40

Dans le soir s'envole mon infortune.
Kyle & Jane

Je n’arrivais pas à déchiffrer ce que ses yeux essayaient de me dire. Une lueur y brillait, j’en étais sûr, mais il faisait trop sombre pour que je comprenne. Pourtant, je ne pouvais que me baser sur ses yeux, parce que tout le reste avait changé. Certaines de ses expressions du visage étaient restées les mêmes, mais pas assez pour que je puisse comprendre à quoi elle pensait rien qu’en la regardant. Foutue obscurité. Et je m’étais excusé. Je m’étais excusé pour toutes les raisons pour lesquelles je m’en voulais : l’abandon, le fait de ne pas avoir pris sa main, de ne pas avoir bougé, de ne pas lui avoir dit que je l’aimais. J’étais resté silencieux tout au long de son… enlèvement, sans essayer de me battre, et elle avait toutes les raisons de m’en vouloir. Comme toujours, elle me répondit en me faisant culpabiliser, mais cette fois, il y avait quelque chose de différent dans sa voix. Elle avait dérapé, elle était plutôt incertaine et j’avais l’impression que la rancune s’envolait petit à petit. Cette idée me donnait de l’espoir, mais je savais que tout était loin d’être gagné et qu’il faudrait que je m’accroche encore un peu avant de me faire pardonner par Jane. Si ça se trouvait, elle ne me pardonnerait jamais réellement, mais rien que le fait de pouvoir la prendre dans mes bras sans qu’elle ne s’y oppose me plaisait beaucoup. J’eus un léger soupir suite à sa question, et sans dire un mot, je la pris par la main et la guidai vers le bord du toit, là où elle avait sûrement été assise juste avant. Je savais que le vide ne lui faisait pas peur. Le risque en général, d’ailleurs, parce qu’on avait vu des choses bien plus terribles que ça. Je m’assis à mon tour, attendant qu’elle fasse de même, puis passai mon bras autour de ses épaules et l’attirai contre moi. D’une voix fragile et hésitante mais pourtant très sincère et douce, je pris la parole.  

« Je serais capable de t'expliquer pourquoi j’ai pas bougé, mais le truc, c’est que c’est pas des excuses valables, bien au contraire… » Je m’arrêtai quelques instants, puis repris dans un soupir : « Enfin… tu as le droit de savoir, alors je vais faire de mon mieux pour te faire comprendre comment je me sentais, à ce moment-là… Mais sache que deux minutes après tu sois partie, je m’en suis voulu à mort et je me suis rendu compte que j’avais fait exactement l’inverse de ce que j’aurais dû faire. » Des larmes me montèrent aux yeux, que je ravalai avant de commencer à répondre à sa question, celle qu’elle avait dû se poser pendant des années. « Je savais que ce moment arriverait, Jane. C’était trop beau pour être vrai : on avait toujours eu une vie de merde et ce changement était bien trop facile. T’étais pas majeure, et même si t’étais ma sœur, j’avais pas le droit de t’embarquer dans une vie à nous deux sans prévenir personne. Je l’ai fait quand même, parce que cette idée faisait briller tes yeux et te donnait le sourire, même dans les pires moments, et c’était tout ce qui comptait pour moi. Que tu sois heureuse, que ta tête soit remplie d’idées positives, comme celle de partir de cette maison, de cette famille qui n’en a jamais vraiment été une, il faut le dire… » Ma gorge se serra, mais je me forçai à continuer : « Je savais que ça finirait par mal tourner, et chaque nuit, je me suis imaginé le scénario de ton départ. Je m’imaginais en train de me battre, de tout faire pour que tu restes, je me suis même imaginé tuer les policiers pour que tu restes près de moi. Mais j’étais pas un tueur, et je n’avais pas non plus l’esprit bagarreur, enfin pas vraiment. Quand il s’agissait d’affronter les gosses du quartier c’était pas vraiment un problème, mais les flics… C’était différent. Alors, au moment où je me suis retrouvé à court d’idées de scénarios, je me suis rendu à l’évidence. » Je baissai mon regard embué, n’osant plus le poser sur Jane. « Tu finirais par partir, quoi qu’il arrive, quoi que je fasse. Les flics des quartiers pauvres sont les pires, ils ont pas de cœur et ils sont pas capables de comprendre ce que ça fait, d’avoir une vie comme celle-là. Je pouvais pas compter sur leur empathie, ça c’était certain… Alors pendant des mois, je me suis habitué à l’idée de te voir partir un jour où l’autre. Enfin, je m’y suis pas vraiment habitué, mais je faisais tout pour l’accepter, d’une façon ou d’une autre. C’est celle-là, la raison pour laquelle j’ai pas bougé. L’acceptation. L'impuissance, la lâcheté. »

Je m’empressai d’essuyer la seule larme qui avait coulé le long de ma joue malgré tout et je serrai Jane un peu plus contre moi, en espérant de tout cœur qu’elle ne s’en aille pas. Pour la première fois, je lui avais tout expliqué et mon sentiment de culpabilité s’était encore intensifié, mais elle avait le droit de connaître la vérité. Elle m’avait posé la question, et c’était mon devoir d’y répondre, même si elle m’en voudrait peut-être encore plus après. Je posai ma joue contre sa tête et, la voix tremblante, je terminai :

« J’aurais dû assumer mon rôle de grand frère, Jane, comme je l’ai toujours fait. J’aurais dû écouter mon cœur, pas ma tête, j’aurais dû essayer de te retrouver, mais j’avais si peur… Peur de nos parents, peur que tu m’en veuilles, peur de me retrouver à la rue… J’étais tellement terrifié que j’ai pas réalisé à quel point tu devais l’être encore plus que moi, en plus de te sentir abandonnée et trahie… » Un sanglot m’échappa, que j’essayai pourtant de contenir. « Je t’empêcherai pas de me détester, parce que tu as toutes les raisons de le faire… Je veux juste que tu te souviennes à quel point je m’en veux et que je m’en voudrai toujours… »  

 


Emi Burton

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